ARGUMENT
27 janvier 2026A NE PAS MANQUER
29 janvier 2026PRÉLIMINAIRE.
Ainsi pour ce qui concerne le premier terme choisi:
RÉSILIENCE
Y aurait-il une " loi de chute sémantique "qui fait qu'à chaque fois qu'un concept scientifique , bascule dans le domaine social, il subit une véritable érosion de son sens. Comme si l'usage collectif agissait tel un abrasif sur la précision clinique.
Plus le concept est puissant et complexe au départ, plus sa récupération par le social et le politique le vide de sa substance pour ne plus rien en faire qu'une étiquette banalisée .
C'est dans le décalage, entre l'Espérance que suscite le mot -concept (surtout du fait de sa surmédiatisation ) et la réalité de la clinique, que se loge pour le plus inquiétant :
Le sens d' une certaine idéologie, pour le plus innocent une certaine mentalité -un certain état d'esprit .
Et pour le plus familièrement étrange, l'énigme de l 'acceptation au renoncement de transformation de la douleur et de la colère en appareil de connaissance de vérités cruelles sur les autres et sur soi.
Professeur Maurice Corcos.
ASSIGNATION À RÉSILIENCE
Autrefois, la crise était ponctuelle et extraordinaire.
Aujourd’hui, depuis 1973 -le choc pétrolier et la guerre de Kippour, entre crises écologique, politique et sanitaire, la crise se chronicise et devient l’ordinaire.
La crise n’est plus un 100 mètres mais un marathon ! Un hypertrail !
Dans cette atmosphère où l’apocalypse menace de s’éterniser et la date de la fin du monde sans cesse reportée, la résistance de tous et toutes est mise à l’épreuve…
On imagine aisément que la propédeutique à la gestion de cette atmosphère de crise, au bilan carbone auto-asphyxiant très lourd, se doit d'être nécessairement différente.
Face à cette pesanteur de l'air ambiant ,un nouvel oxygène pour les uns, opium pour les autres , une nouvelle fabrique du rêve et des illusions, fait florès : la résilience !
N'écoutons que notre propre névrose qui nous vante constamment les lumières et les ombres de la complexité...Nous allons à la controverse, avec l'espoir pas du tout secret, qu'elle puisse saisir les données essentielles, de la résolution d’un problème fondamental, par une époque.
Camus …n’y croit pas …il faut imaginer er sysyphr heureux …
Politiques, media et « psy de salon » vantent concert les inépuisables ressources de la résilience.
Ils jouent sur le velours tant ils restent sûrs ainsi de se vendre. Impossible désormais d’échapper à cette moraline sous peine de passer pour un transgressif boudeur qui refuserait la plus paradoxale et belle des fleurs du mal, mais aussi la dernière plaie à sortir de la boîte de pandore : l’espérance.
La plus cruelle et destructrice …toujours déçue mais toujours active.
Secrétez de la Moraline, vous triompherez de tout …une psychologie de type MARVEL.
Rien ne découragera les âmes de si bonne volonté à rallumer les âmes mutilées …Maïakovski et Apollinaire le voulaient par l'amour, voilà que la science s 'emmêle et veut éradiquer le tragique en validant une ultime porte de sortie - issue de secours- a l'abjection …visée humaine, si, et trop humaine.
Dénoncer le dévoiement du concept par sa surcharge publicitaire, c 'est d'abord révéler le masqué plutôt que l’envers, tel le retour du refoulé de l’ « American Dream " qui expose aujourd’hui ses unhappy- ending.
Le Totem (de la résilience) serait il à bout ? L 'humour - dérision du tragique, facteur de résilience de la puissance du tabou de la résilience ?
Démonter les ressorts insidieux de cette soi-disant panacée ; un alibi d’emprise illusoire des politiques et des soignants dont la prescription de résilience amoindrirait la responsabilité et ferait diversion de leur impuissance avec ce tour de passe passe ; c'est déconstruire cette résilience crâneuse devenue conformiste et obligatoire , et faire œuvre de salubrité publique .
Plus , dévoiler les mentalités - valeurs de certains de ceux qui rendent possible un retour masqué du religieux louant les bénéfices de l’expiation , alors que cette conception et le discours qui l'accompagne masquent une "Autodéification de soi en une sorte de sainteté « surmésirecordieuse ", un leurre sacrificiel d’héroïsme froid synonyme de transcendance, prêt à porter du pauvre, isolé et peureux, dans l’anthropocène pris de vertiges, dénoncer et dévoiler est un acte politique.
Un engagement soignant pour la vérité de la douleur qui va plus loin en psychologie que la psychologie.
Et puisque on annonce pour bientôt l'insatisfaction de Dieu pour le monde tel qu'il l'a fait et/ou tel qu'il est devenu, Noé avant Cassandre , essayons "d'ouvrir les yeux des aveugles et de crier dans les oreilles des sourds" pour dissiper les illusions consolatrices, dénoncer les obscénités moralisatrices , et surtout faire cesser l'entretien des amnésies et des légendes dont on sait, c'est là le point fondamental, le prix à payer par nos enfants pour les mettre au propre. L'état de leur monde interne attaqué par des histoires anciennes non métabolisées comme l'état de leur monde externe vandalisé.
Qui peut nier que ce ne soit déjà à l'ordre du jour ? Qui peut avancer aux jeunes générations plus déniaisées parce que plus averties ,qu'ils auront des capacités de résilience pour faire face à l'état de la planète et du monde tels que nous leur avons laissé ?
Qui peut nier que il faille redéfinir les périmètres du consentement a la servitude entre adultes et enfants ,riches et pauvres , a l'aune de l 'inégalité des postions ?
A contre-courant de ces fausses grandes espérances idéologiques aliénantes nous plaidons pour l’endurance d’un sens créateur en exil de sa zone de confort… et pour la résistance à la collaboration passive à l'air du temps consumériste de tous les anesthésiques mis à disposition à volo.
Projet ambitieux, pas du tout au gout des publicistes néolibéraux , il vise une révolution en soi ( sur la durée) plutôt qu’une réduction ( à effet immédiat ) par autoclivage du moi .
Qui passe par un réinvestissement symbolique différent du je-tu cher a Martin Buber , à partir (après droit d' inventaire ) de la distanciation- sinon de la rupture des liens qui nous unissaient en nous étranglant à un passé morbide et toxique. Pour que le passé cesse de commander l'avenir … Au risque, et a la possibilité d'une renaissance, de l'orphelinat et de l'exil.
Ni trimbaler, devant soi, son passé, ni sauter au-dessus de son ombre, en dévoiler l'histoire et aussi la légende, dénoncer l'illusion de pouvoir en être libéré. Ça, l’histoire et la légende, ce que l’on a fait de nous, faire face et les traverser.
Comment ? … en saisissant les nécessités de la légende face à l'histoire , le rôle fondamental de l'Anankè à la source même du mécanisme de répétition .
L' implacable, impitoyable ,effroyable ,Histoire avec sa grande Hache, oblige à un lent travail … de deuil puis de création pour que ce ne soit pas la seule peine qui dicte l'écriture de soi , mais le travail de la pensée et du rêve,
Sans espérer pour autant que le mystère du tragique humain perde de son épaisseur et de sa densité mais qu'au moins une mise en travail ait été effectué sur" le lien intime , coupable et honteux , entre le mal subi et le mal observé."
Et sans illusion sur le prix à payer de la sortie de la défense radicale, qui va de l'insensibilité a l’anesthésie affective localisée puis généralisée- la victime finissant par refuser toute stimulation, et éteindre sa vitalité, pour parer au risque du retour de celle qui l'a effracté. Devenir conscient que la défense est devenue le problème, que le détachement puis le désinvestissement, puis la néantisation des investissements, ultime mécanisme de défense psychique (alexithymie - cortex préfrontal et hippocampe ne répondent plus) pour se protéger des boucles du passé.
Mais alors que transmettre à ceux qui nous suivent et qui sont l'avenir ?
Voila ce dont des psychiatres et psychanalystes de bébés, de l'enfant et de l'adolescent voulaient témoigner et avertir.
Kafka, dans son Journal (éditions NOUS, traduit par Robert Kahn), l'avait noté :
«Je n'ai jamais compris qu'il soit possible à presque quiconque sachant écrire d'objectiver sa douleur dans la douleur, que moi par exemple, avec peut-être la tête un peu brûlante de malheur je puisse m'asseoir et faire savoir par écrit à quelqu'un que je suis malheureux. Oui, je peux même aller au-delà et en fonction de mon talent, qui n'a semble-t-il rien à voir avec le malheur, fantasmer là-dessus avec différentes fioritures, simplement ou de façon antithétique ou avec des orchestres de libres associations au complet. Et ce n'est pas du tout un mensonge et cela ne calme pas la douleur, c'est simplement un surplus de forces, dû à la grâce, à un moment dans lequel la douleur a de façon visible consumé toutes mes forces jusqu'au plus profond de mon être qu'elle écorche. Quel surplus est-ce là ?>
La douleur va plus loin en psychologie que la psychologie écrivait Marcel Proust.
Mais Objectiver sa douleur dans la douleur n'est pas réalisable tant qu'il est vrai qu'on ne peut sans risque d'être aveuglé l'affronter de face. Tangentiellement, elle apparaît moins dense opaque.
Et, Ça n'est pas parce qu'on écrit dans la douleur que la douleur s'objective et devient partageable.
Pourtant, malgré tout, néanmoins, Trotzdem comme écrivait Kafka, il n'en est pas moins vrai que l'être humain doué de conscience réflexive continue de la penser, de l'écrire, de la parler pour tenter de la lire. Ça ne calme pas mais cela donne un surplus de force, même si on sait que seul nous anime le dur désir de durer et que le reste (et non la trace) est littérature…des orchestres de libres associations au complet. C'est-à-dire histoires …. au pluriel et avec leurs petites haches.
Nbp: Apollinaire: « il est grand temps de rallumer les étoiles."
Maïakovski :" puisqu’on allume les étoiles c'est qu'elles sont à quelqu'un nécessaire ,c'est que quelqu'un désire qu'elles soient"
Mythe de la boîte de Pandore:
Pandore cédant à la tentation que lui dictait sa curiosité interne ouvrît la fameuse boîte, libérant tous les maux de la terre .Elle la referma immédiatement y laissant enfermée une seule chose : l'espérance.
Dans une certaine version du mythe ,et évidemment chacun a le droit de choisir la sienne si l’espoir est attente , l’espérance, est figement et pétrification.
Pr. Maurice Corcos
Pr. Sylvain Missonnier
